Un jour, j'ai basculé, j'en ai eu simplement marre d'attendre je crois bien. Parfois, les changements de trajectoire se produisent après un évènement extérieur : naissance, accident... Pas cette fois-ci.
J’ai choisi de partir, de quitter un grand groupe qui m’offrait pourtant un travail bien payé, un statut social, des perspectives d’évolution. Je n’avais clairement pas d’affinités avec tout le monde, mais mes collègues étaient plutôt sympathiques, je ne peux absolument pas dire que j’ai fui un environnement toxique.
Non, j’ai fui parce que je ne pouvais plus y aller, parce que j’avais l’impression de mourir tous les jours à faire des réunions et des présentations vides de sens.
À ce moment, j’ai donc choisi le vide, le néant. Je n’ai pas d’autre poste ou projet en tête. Je pars pour vivre dans le Sud. Je pars pour me trouver.
J’aurais pu continuer longtemps.
Cette décision a été d’autant plus difficile à prendre que je n’étais pas obligée, elle résulte d’un cheminement personnel, de la volonté et du courage de me choisir. Oui, c’est une décision courageuse. Je n’ai pas été licenciée, on ne m’a pas demandé de partir. Je suis responsable à 100 % de mon choix.
Il n’y a pas eu d’évènement déclencheur, je ne sais pas comment j’ai basculé.
Je crois que j’en ai eu simplement marre d’attendre. On assiste souvent à des changements de trajectoire après un accident, une naissance, une rencontre, une maladie. Il existe généralement un évènement déclencheur. Mais dans ma vie, il ne s’est rien passé.
Et dans ce cas, comment fait-on pour se prendre en main et décider de tout changer ? Il faut du courage et de la force pour arriver à bouger, à casser l’inertie et le confort de cette situation.
Je trouve que c’est le piège des situations « objectivement » moyennes.
Je dis objectivement, car sur le papier tout va bien, mais intérieurement c’est une autre histoire. La raison me disait de chercher un autre poste en interne ou ailleurs, de temporiser. Après tout, la situation n’est pas catastrophique, je suis au chaud dans un grand groupe. Mais en réalité, je me sentais tellement mal que je procrastinais, et il ne se passait rien. Je ne voulais pas chercher un autre poste qui pourrait me convenir. Cela me paraissais encore une échappatoire.
Je voulais reprendre le contrôle de ma vie.
Pour cela, il existe plusieurs méthodes, dont celle éprouvée des petits pas qui consiste à introduire de petits changements, minimes en apparence, mais qui au bout d’un certain temps font une différence de taille.
Mais à ce moment précis de ma vie, j’étais prête à faire un grand pas, un vrai changement.
J’avais besoin de lâcher ce que j’avais construit pour bâtir autre chose. Comme si tout ce que j’avais bâti pendant des années était caduc, comme si je m’étais trompée de construction. Je devais bâtir une maison au bord de mer et j’avais construit un château fort en pleine ville. Oups.