J’ai eu une révélation : j’ai un problème avec les émotions. Je m’en suis tellement détachée toute ma vie, qu’aujourd’hui, je ne ressens rien. Quand une émotion arrive, je l’ignore, je l’étouffe, je l’évacue comme je peux jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Inconsciemment, je ne veux rien ressentir. J’ai choisi le sourire de façade, je crois que c’est mon arme de défense. Donner le change, ne pas perdre la face. Et fuir.
Je suis tellement handicapée des émotions que je ne sais pas les distinguer.
Cette révélation me laisse perplexe : je suis une femme hyper sensible, jamais je ne me serais doutée que je serais incapable de reconnaitre ce que je ressens. Au contraire, je pensais que c’était un de mes atouts. Mais en réalité, non. Je nomme “tristesse” chaque émotion “négative” qui arrive. Qu’il s’agisse de colère, de dégoût, ou réellement de tristesse, je les range toutes dans le même panier. C’est plus simple pour la joie, je la reconnais même si je ne m’autorise pas souvent à la vivre pleinement.
Comment puis-je faire aujourd’hui pour laisser exister mes émotions sans les juger ? Cela semble tellement facile sur le papier. Je crois que je vais acheter un bouquin : les émotions pour les nuls ! Comment les détecter, les accepter, les transformer ?
Me demander plusieurs fois par jour comment je me sens
J’ai un exercice à faire plusieurs fois par jour : je dois me demander comment je me sens dans mon corps et quelles sont les émotions que je ressens. Le corps est tellement bien fait, il est capable de se taire, au moins en apparence pendant des années parce qu’on ne veut pas l’entendre, jusqu’à ce qu’il n’en pruisse plus d’envoyer des signes, qu’il craque. Mauvaise direction, ce n’est pas bon pour toi.
Je vais donc essayer pour voir ce que j’arrive à ressentir. Toute une éducation à refaire ! En ce moment, comme souvent, je me sens stressée. Un mélange de différentes peurs : de l’avenir, du présent, de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver l’homme de ma vie, de ne pas trouver la maison de mes rêves, ne pas arriver à…. Liste non exhaustive.
Note pour moi-même : le cerveau n’est pas capable de traiter les négations, il serait donc beaucoup plus rentable et utile de penser positif
Je me suis donc coupée de mes émotions pour me protéger, ne pas créer de problème et rester dans cette tiédeur endormante. Ne rien ressentir, éviter tout ce qui pourrait être trop : trop d’émotion, trop intense, trop risqué. J’ai vu mes parents incapables de gérer les leurs, essayant à tout prix de rester dans la neutralité. La phrase magique de ma mère est : pas de nouvelle, bonne nouvelle. Au contraire, exprimer ses émotions, ça fait du bruit (cris, pleurs…) cela peut surprendre, voire déranger. Les enfants vivent leurs émotions, ils ne les retiennent pas, ils passent du rire aux larmes en quelques secondes. C’est un spectacle assez fascinant à observer.
Se couper de ses émotions revient à ne plus vivre du tout. J’ai compris cela en lisant "Le pouvoir de la vulnérabilité"[1]. Dans cet ouvrage, B. Brown nous explique que les émotions sont au service de la vie. Lorsqu’on s’anesthésie, on ne peut pas choisir les émotions que l’on désactive, c’est un mécanisme global. On se coupe de toutes nos émotions, y compris des plus belles pour ne pas avoir à ressentir celles que l’on appréhende, les émotions dites négatives ou inconfortables comme la peur, la tristesse ou l’angoisse.
Accepter d’être vulnérable, accepter nos imperfections et avancer. Arrêter de se juger et accueillir nos émotions. Oser être vulnérable, c’est une vraie force et c’est nécessaire pour être heureux.
Pour accepter sa vulnérabilité, il faut s’accepter soi en entier, avec ses qualités et ses défauts. Il faut se savoir digne de valeur, ne pas remettre en question sa valeur intrinsèque qui ne dépend pas de nos actes ou paroles.
Quand on s’accepte tel que l’on est, on accepte de se montrer vulnérable.
Les gens heureux acceptent leur vulnérabilité parce qu’ils se savent dignes de valeur, elle va de soi. Ces personnes ne sont pas imbues d’elles-mêmes, elles ont juste conscience qu’elles ont le droit d’être là, qu’elles ont de la valeur par le simple fait d’exister. On parle parfois du « sentiment royal », savoir qu’on vaut le coup.
Je crois que j’ai eu une sorte d’électrochoc en lisant ce livre. J’ai tout à coup compris pourquoi je n’arrivais pas à identifier mes émotions, pourquoi je luttais contre elles au lieu de m’en servir comme boussole.
[1] Brené Brown Le pouvoir de la vulnérabilité
