Est-ce qu’on a besoin de se faire remarquer pour être remarquable ? Être soi-même suffit-il à être remarquable ? Être soi-même veut-il nécessairement dire être différent ? Le conformisme est-il peuplé uniquement de gens qui ne s’assument pas ?
On a tendance à gommer ce qui nous différencie des autres.
J’écris cela comme si c’était une évidence pour tout le monde. En tout cas, cela en est une pour moi. Pendant des années, j’ai déployé beaucoup d’énergie pour ne pas me faire remarquer, ne pas faire de bruit, m’habiller de manière quelconque, comme si j’étais là incognito. Comme si je ne choisissais que des couleurs pastel que j’atténuais au maximum pour qu’elles ne soient pas trop vives et ne surtout pas attirer l’attention.
Est-ce qu’on peut gommer les couleurs et les traits de soi-même jusqu’à gommer sa singularité et finir par l’oublier ?
Les Américains sont dans la surenchère et les superlatifs, moi je minimise tout. Est-ce qu’il y a un risque à être trop enthousiaste et fier de soi ?
J’ai tamisé ma lumière pour ne faire de l’ombre à personne, comme si j’étais à vélo et que je serrais en permanence les freins pour le pas aller trop vite et trop loin, pour éviter de m’exposer au regard de l’autre et risquer de déplaire.
J’ai passé tellement d’années à m’excuser d’être là. Encore aujourd’hui, je me sens souvent pas à ma place. Parfois, j’ai besoin de me le répéter comme un mantra quand je suis à un endroit où je ne me sens pas légitime : « j’ai le droit d’être là ».
« J’ai le droit d’être là »
La bonne nouvelle, c’est que cela fonctionne, au moins un peu. Encore faut-il le faire. Et y croire.
Mon combat, c’est d’arrêter de faire dans la demi-mesure, de choisir les couleurs pastel. Arrêter de m’effacer, de me gommer, minimiser ce que je fais, ce que je suis, arrêter de vivre dans un monde aseptisé, où tout est risqué...
Être moi tout simplement. C’est fou que ce soit un objectif, qu’il faille une reconquête. Il ne s’agit pas de reconquérir l’Indochine, je parle d’être moi. Cela passe par des choses toutes bêtes, comme oser être féminine quand j’en ai envie (J’ai acheté un rouge à lèvres aussi, ce n’est pas si souvent) et dire ce que je pense. Arrêter de chercher l’amour et la validation des autres. Accepter d’être moi, point.
