Quand j’avais environ 5 ou 6 ans, mes parents se plaignaient constamment du bruit des voisins, car l’adolescente du dessous écoutait sa musique à fond. Ils étaient au bord de la crise de nerfs, ma mère tapait avec le balai de l’aspirateur sur le carrelage de la salle de bain en hurlant. Je n’ai aucun souvenir de cette musique, je sais juste que les voisins s’en fichaient éperdument de déranger les autres.
Je ne me rappelle pas non plus d'avoir été importunée par le bruit au collège, au lycée, ou même en école de commerce. J’habitais dans un studio très calme donnant sur une petite place. J’avais bien un voisin qui écoutait du hard rock et en faisait profiter le couloir, mais j'avais la chance de ne rien entendre chez moi.
Mon plus vieux souvenir n’est donc pas si ancien. Je me sentais très bien dans mon premier appartement dans le 11e arrondissement de Paris. Mais un jour, les locataires du dessous ont eu un enfant, puis deux puis trois. Je les entendais hurler et sauter partout jusqu’à 23 h. Je les ai haïs. Je me sentais impuissante et prise en otage par leur bruit et leur indifférence totale. Je n’aurais pas résisté au confinement là-bas, il y aurait eu des dommages collatéraux, je pense.
Dans le train ou les transports en commun, je ne supporte pas le manque de civisme et de respect. Je ne parle pas d’un appel de 3 minutes pour préciser une heure d’arrivée, je pense à ceux qui parlent fort, qui racontent leur vie pendant des heures au téléphone ou qui écoutent leur musique sans écouteurs…
Dans cette situation, ma réaction est immédiate, je me sens oppressée, agressée, prise en otage. Je veux que ça s’arrête. Que tout s’arrête. Enfin. Plus de bruit, plus d’emmerde. Plus rien. J’ai l’impression que cela dure des heures. Ces bruits m’envahissent sans que je puisse me défendre. Je rêve souvent de créer une bulle de protection autour de moi.
Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui a bien pu se passer de mal dans la vie de ces personnes pour qu’elles se comportent de la sorte, pour qu’elles aient un besoin irrépressible de montrer qu’elles existent. Ont-elles tellement peur de ne pas être considérées qu’elles se sentent obligées d’en faire des tonnes ?
Est-ce que le bruit des autres me dérange parce qu’ils vivent trop fort ? Peut-on être trop vivants ? Est-ce qu’on peut vivre trop comme dirait la publicité ?
J’ai besoin de travailler sur moi parce que j’ai bien conscience que toutes les situations ne devraient pas être problématiques. Bien sûr, certaines personnes sont clairement sans gêne, mais souvent, ce sont des bruits de la vie quotidienne. C’est assez désarmant de reconnaitre que je donne autant de pouvoir aux autres, je suis touchée par des évènements aussi insignifiants.
Je fais comment pour me protéger sans transformer mon cœur en pierre, sans sortir du monde pour de bon et me transformer en ermite ? Comment font les gens pour rester zen ET être présents au monde ?
