Mai 2021, je n’ai pas été sage. J’ai dit à ma manager que je voulais partir, quitter mon poste. Je VEUX PARTIR, c’est officiel. Je n’en peux plus de ne pas être à ma place. Je veux retrouver ma liberté, me donner l’espace d’inventer ma vie, d’aller vers ce qui m’appelle. Plus jamais je ne veux me renier et m’oublier ainsi.
Je me suis préparée toute la journée, j’ai écrit mon script qui finalement se résumait à « je veux partir ». Je l’ai répété plusieurs fois, comme si j’avais besoin d’entrer dans un rôle. J’étais tombée par hasard sur des notes prises à la lecture d’un livre de poker. La thématique principale de l’ouvrage était la prise de décision, ou comment savoir si on a pris une bonne décision. Cela tombait donc à pic.
Ce qui compte pour savoir si une décision est bonne, c’est le cheminement et non pas le résultat.
Pourquoi ? Parce qu’au poker comme dans la vie, on ne maitrise pas les cartes des autres joueurs et encore moins, la chance. La seule chose que je contrôle, c’est la décision que je vais prendre à partir des informations dont je dispose, de mes analyses et de mon intuition.
À ce moment, je réalise que je suis à l’aise avec ma décision, et ce, quel que soit le résultat de ma demande.
Quand ma chef m’a appelé sur les coups de 16 h, mon cœur s’est emballé : il battait si fort, comme pour marquer ce grand moment. On y est. La conversation a démarré sur un banal « comment cela va ? » et j’ai répondu tout de suite « je veux partir ». Je me suis jetée sur la question, comme si j’avais peur de faire marche arrière. Je veux partir, la phrase était lâchée. Le call a duré 10 minutes. En raccrochant, j’étais sous le choc. Une partie de moi était en panique, incrédule face à ce qui venait de se passer : mais qu’est-ce que j’ai fait ?
Ce jour-là, j’ai décidé de me choisir moi. Pour la 1re fois depuis bien longtemps, j’ai écouté mes besoins, je suis dans l’affirmation de moi et de mes valeurs. Oui, je veux partir, je n’ai aucun doute.
Je me sens tellement soulagée de ne pas avoir flanché, de ne pas avoir encore trouvé des raisons d’attendre. Que les choses aillent mieux. Que le temps passe. Que je trouve autre chose. Que tout s’éclaire comme par magie. Je suis tellement fière de m’être écoutée.
Je crois que je n’ai pas célébré cette victoire. C’est surprenant cette tendance à tout minimiser, à faire comme si c’était normal, comme si je n’avais rien accompli. Célébrer, c’est reconnaitre qu’un acte a été posé, on se moque que ce soit gravir l’Everest, créer un compte Instagram ou courir 2 km. La taille du pas n’a pas d’importance, ce qui compte c’est qu’il existe et que la dynamique soit enclenchée.
Pourquoi n’ai-je pas célébré ? Pourquoi n’ai-je pas informé la terre entière de cette nouvelle ? Certaines personnes sont très fortes pour informer leur entourage dès qu’elles accomplissent un microtruc. Pourquoi suis-je incapable de faire cela, au moins pour ces décisions particulièrement difficiles à prendre ? Je crois qu’à ce moment de ma vie, j’étais incapable de ressentir de la fierté vis-à-vis de ces victoires.
