Qu’est-ce que prendre un risque ?
On associe souvent risque et nouveauté : faire quelque chose différemment, sortir de sa zone de confort, de ses habitudes et des situations qu’on a l’impression, parfois à tort, de maîtriser. Mais en réalité, cela n’est pas nécessairement plus risqué de faire autrement. Notre cerveau déteste la nouveauté, il préfère nous garder en sécurité dans ce que nous connaissons. C’est pour cela que l’on a peur de la nouveauté.
Risquer, c’est mettre en jeu quelque chose que l’on a et qu’on ne veut plus, contre quelque chose que l’on veut. Je ne sais pas d’ailleurs s’il faut dire contre. Je ne suis pas sûre que l’on « échange » vraiment. On lâche, c’est certain.
Je lâche ce que j’ai, mais qui ne correspond plus à qui je suis (un travail, une relation…) pour autre chose qui sera plus adaptée à mes aspirations. C’est ce que j’ai fait en quittant mon poste à responsabilité à Paris pour m’installer dans le sud sans travail.
C’est le vide, l’inconnu qui fait peur, c’est là que réside le risque. Risquer, c’est aussi rendre autre chose possible, pour moi, c’est croire que demain peut être meilleur.
Arrêter de choisir d’option par défaut
Il existe différents degrés de prise de risque, changer de poste en restant dans la même entreprise est un risque assez minime par rapport à tout plaquer et refaire sa vie au bout du monde. Mais il y a toujours une dimension héroïque je trouve dans cet acte de foi. Dans la volonté d’essayer malgré le doute et la peur.
On a tendance à choisir l’option par défaut, celle qui nous semble la moins risquée. On adore avoir le choix, mais on déteste choisir.
C’est décidé, j’arrête de choisir l’option par défaut, la voie médiane, la tiédeur pour l’audace d’être moi.
Pour dépasser cette résistance naturelle, je peux essayer de faire les choses différemment, des petites choses, pas besoin de révolutionner le monde. Prendre un nouveau chemin pour aller au travail, rencontrer de nouvelles personnes…
Existe-t-il un bon moment pour prendre un risque ?
On pense souvent que prendre des risques est l’apanage de la jeunesse, plus on vieillit, plus on aurait tendance à éviter les risques et rester dans une vie bien rangée. La réalité, c’est qu’on a tendance à prendre moins de risques quand on a quelque chose à perdre. Cela parait assez logique, que ce soit dans la vie professionnelle ou personnelle.
Changer de métier à la quarantaine, divorcer et s’installer dans une autre ville nous parait bien sûr beaucoup plus risqué que de faire le tour du monde à 20 ans. Pourtant, dans les deux cas, il s’agit de s’inventer une nouvelle vie, en adéquation avec ses aspirations profondes. Cela parait plus risqué dans le premier cas, car la personne déconstruit sa vie, tout ce qui lui a pris des années à bâtir, c’est en cela qu’elle a beaucoup à perdre
Si cela parait plus facile quand on est plus jeune, je pense qu’il n’y a pourtant pas de bon moment, à force d’attendre parce qu’on a peur, les choses n’arrivent jamais.
Prendre sa paume, c’est reconnaitre qu’on s’est trompé (et ce n’est pas grave)
Quand j’étais étudiante, j’ai été voir un film au cinéma qui ne m’a pas du tout plus, j’étais avec une amie et on est partie au milieu du film. Je me souviens qu’on a hésité, l’intrigue allait peut-être décoller ? Je ne le saurais jamais. J’ai réalisé que mon temps était plus précieux que les quelques euros du billet de cinéma. Donc, on est parties et sommes allées debriefer du film autour d’un verre. La soirée a clairement mieux fini qu’elle n’avait débuté.
J’en ai retenu la leçon suivante, il vaut mieux parfois accepter d’avoir perdu (du temps, de l’argent…) que de persister. J’appelle cela prendre sa paume
Je ne suis pas obligée de passer une mauvaise soirée juste parce que je me suis trompée de film. Et le plus tôt je m’en rends compte, le mieux.
J’ai été à côté de ma vie pendant des années. Je suis restée dans un poste inadapté, mon cercle amical s’est effiloché avec le temps, je ne me sentais plus à ma place, comme si je vivais la vie de quelqu’un d’autre. J’aurais pu résister encore à l’appel du changement, rester dans ce confort matériel et voir combien de temps je pouvais tenir.
J’ai mis du temps avant de prendre cette décision, avant d’être capable de prendre ma paume et recommencer autre chose.
